Fiche ville · Belgique

Alost
Ancienne capitale de la Flandre impériale, cité du carnaval et de l’imprimerie

À mi-chemin entre Bruxelles et Gand, sur les bords de la Dendre, Alost (Aalst en néerlandais, Oilsjt en dialecte local) porte en elle des siècles d’histoire flamande : ancienne capitale de la Flandre impériale, berceau de la première imprimerie des Pays-Bas, ville de l’abbé Daens, du romancier Louis Paul Boon et d’un carnaval au caractère bien trempé.

🏙️ Chef-lieu d’arrondissement · Flandre-Orientale
🗺️ Province de Flandre-Orientale · Flandre
👥 ~85 000 hab. (commune)
🏆 Beffroi UNESCO
🎭 Carnaval multiséculaire
🖨️ 1re imprimerie des Pays-Bas (1473)
866 1re mention écrite
85 000 Habitants (commune)
1473 1re imprimerie Pays-Bas
600+ Ans de carnaval
1839 Naissance de l’abbé Daens
2e Ville de Flandre-Orientale

Histoire et patrimoine

De la villa carolingienne à la capitale de la Flandre impériale

Alost apparaît pour la première fois dans les sources en 866 comme villa Alost, dépendance de l’abbaye de Lobbes. Stratégiquement positionnée sur la Dendre, là où la route médiévale Bruges–Cologne franchissait le fleuve, elle devient rapidement un centre commercial et portuaire actif. Au Moyen Âge, Alost est la capitale de la Flandre impériale — la partie du comté de Flandre qui relevait du Saint-Empire romain germanique, par opposition à la Flandre royale sous suzeraineté française. Ce statut lui confère une certaine autonomie et forge le caractère frondeur et jalousement indépendant de ses habitants. La ville est prise et démantelée par Turenne en 1667, puis passe sous domination bourguignonne, espagnole et autrichienne avant de rejoindre la Belgique en 1830.

Le centre historique d’Alost conserve plusieurs témoins de ce passé glorieux. Le Schepenhuis (maison des échevins), datant de 1225, est l’un des plus anciens hôtels de ville en pierre de Flandre — le conseil communal y siège encore aujourd’hui. La Borse van Amsterdam, ancienne bourse du XVIe siècle de style Renaissance, lui fait face. L’hôtel de ville néoclassique date de 1830. L’église collégiale Saint-Martin, dont la construction s’inspire de la cathédrale d’Amiens, domine la Grand-Place de ses tours imposantes.

Le beffroi d’Alost, accolé à la maison des échevins, est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999 parmi les beffrois de Belgique et du nord de la France. Cette tour médiévale, dont les origines remontent au XIIIe siècle, fut pendant des siècles le symbole de l’indépendance communale et le point de repère de toute la région de la Dendre.

Trois figures emblématiques

Dirk Martens : la première imprimerie des Pays-Bas (1473)

En 1473, l’Alostois Dirk Martens (vers 1446–1534) installe à Alost le premier atelier typographique des Pays-Bas méridionaux. Formé en Italie à Trévise auprès de l’humaniste Gerardus de Lisa, il introduit en Flandre la technique de l’imprimerie à caractères mobiles. Ami d’Érasme, il sera le premier à imprimer plusieurs des œuvres du grand humaniste, et travaillera également à Anvers et Louvain. Sa statue en bronze orne la Grand-Place d’Alost — les Alostois la surnomment affectueusement De zwarte man (l’homme noir), à cause des traces d’encre d’imprimerie.

Adolf Daens : le prêtre des ouvriers

Né à Alost en 1839, l’abbé Adolf Daens est la figure morale la plus respectée de la ville. Dans le contexte de la révolution industrielle, alors que les ouvriers alostois travaillent dans des conditions épuisantes pour des salaires de misère, Daens prend leur défense au mépris des convenances — et de sa propre hiérarchie ecclésiastique. Il fonde en 1893 le premier parti démocrate-chrétien progressiste de Belgique et est élu au Parlement en 1894. Condamné par les catholiques conservateurs et ses supérieurs religieux, il reste une icône du combat social flamand. Un livre, un film (1992, nommé aux Oscars), une comédie musicale et un podcast perpétuent sa mémoire. Sa grande statue domine les bords de la Dendre, non loin de la gare.

Louis Paul Boon : l’écrivain de la classe ouvrière

Natif d’Alost (1912–1979), Louis Paul Boon est l’un des plus grands romanciers flamands du XXe siècle. Son œuvre majeure, De Kapellekensbaan (1953), et surtout Pieter Daens (1971) — roman sur le frère de l’abbé Daens et la misère ouvrière alostoise du XIXe siècle — lui valurent une reconnaissance internationale. À la fois écrivain, peintre et journaliste, il incarne l’âme rebelle et populaire d’Alost. Sa statue se dresse au Vieux Marché aux Poissons (Oude Vismarkt), face au musée municipal.

Le carnaval d’Alost : six siècles de dérision

Le carnaval d’Alost est l’un des plus anciens et des plus singuliers d’Europe — une tradition de plus de 600 ans qui se déroule chaque année durant les trois jours précédant le carême. Sa marque de fabrique : une satire sans concession de l’actualité politique et sociale, portée par des chars élaborés pendant toute une année. Les temps forts incluent la proclamation symbolique du Prince du Carnaval comme bourgmestre de la ville (avec remise des clés), la procession de géants dont le légendaire cheval Bayard, la parade des Voil Jeanetten — des hommes travestis en femmes avec corsets et landaus — et le bûcher final de l’effigie du carnaval. Le carnaval a été inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2010, puis retiré en décembre 2019 — une première dans l’histoire de l’UNESCO — à la suite de représentations jugées antisémites lors du défilé 2019.

Tourisme et attractions

  • Beffroi — UNESCO, XIIIe s., symbole de l’indépendance communale
  • Schepenhuis — 1225, l’un des plus anciens hôtels de ville en pierre de Flandre
  • Grand-Place (Grote Markt) — Borse van Amsterdam, hôtel de ville, statues
  • Statue de Dirk MartensDe zwarte man, Grand-Place
  • Statue de l’abbé Daens — bords de la Dendre, près de la gare
  • Statue de Louis Paul Boon — Vieux Marché aux Poissons
  • Collégiale Saint-Martin — gothique, tabernacle baroque du XVIIe s.
  • Musée ‘t Gasthuys (Stedelijk Museum) — histoire locale, carnaval, Boon
  • Béguinage d’Alost — patrimoine architectural flamand
  • Château Terlinden — domaine historique dans les environs
  • Quartier Art déco — façades Jugendstil près de la gare
  • Parcours Daens — 18 étapes sur les traces de l’abbé dans la ville

Identité alostoise : houblon, oignons et esprit frondeur

🌿 Le houblon d’Alost

La région d’Alost fut longtemps le premier bassin houblonnier de Belgique. Les variétés locales — Belle Verte, Coigneau, Blanc Rang — alimentaient les brasseries de toute la Flandre. Si la culture du houblon a beaucoup décliné, quelques producteurs perpétuent la tradition, et la bière locale Safir (brassée depuis 1939) reste associée à la ville.

🧅 Ajuinstad : la ville des oignons

Alost est aussi surnommée Ajuinstad (la ville des oignons) — référence aux cultures maraîchères de la région. Les oignons d’Alost, réputés pour leur douceur, sont une fierté locale. Ce surnom, porté avec humour lors du carnaval, fait partie de l’identité décomplexée et auto-dérisoire des Alostois, qui se décrivent eux-mêmes comme nen hoek af — « un peu fous ».

La rivalité historique avec Dendermonde — autour des droits sur le légendaire cheval Bayard — est une autre facette de l’identité alostoise, alimentant une complicité taquine entre les deux villes de la Dendre qui dure depuis des siècles.

Ni trop grande ni trop petite, Alost est une ville flamande authentique qui n’a pas besoin de se vendre : son caractère parle pour elle. Entre le beffroi médiéval de la Grand-Place, la statue noircie de son premier imprimeur, l’héritage moral de l’abbé Daens et la folie libératrice de son carnaval, Alost incarne une certaine idée de la Flandre — celle qui se fiche des convenances et rit volontiers d’elle-même, sans jamais oublier ses racines.

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