Fiche ville · Belgique

Seraing
Berceau de la révolution industrielle belge — Cockerill, acier et cristal sur la Meuse

À quelques kilomètres en amont de Liège, sur les rives de la Meuse, Seraing n’était qu’un bourg de 2 000 agriculteurs lorsque John Cockerill s’y installa en 1817. En un demi-siècle, il en fit le foyer de la révolution industrielle en Europe continentale et porta la Belgique au rang de deuxième puissance économique mondiale. Aujourd’hui, la ville se forge un nouvel avenir.

🏭 Berceau de la sidérurgie mondiale
🗺️ Province de Liège · Wallonie
👥 ~61 000 hab.
🏰 Château des princes-évêques · Cockerill
💎 Cristalleries Val-Saint-Lambert (1826)
🎬 Ville des frères Dardenne
1817 Arrivée de John Cockerill
1826 1er haut-fourneau à coke (Belgique)
61 000 Habitants
2e Puissance éco. mondiale (XIXe s.)
200 ans De cristal Val-Saint-Lambert
Palme d’or (frères Dardenne)

John Cockerill et la révolution industrielle

Le 29 janvier 1817 : un jour qui change l’histoire de l’Europe

Quand John Cockerill (1790–1840) et son frère Charles-James rachètent à Guillaume Ier des Pays-Bas l’ancienne résidence d’été des princes-évêques de Liège à Seraing, en janvier 1817, ils posent la première pierre de la révolution industrielle en Europe continentale. Le site est idéal : la Meuse assure le transport des matières premières et des produits, le charbon affleure le sol, et les forêts des collines fournissent le bois. John y installe d’abord une filature et des ateliers de machines à vapeur, puis en 1826 allume le premier haut-fourneau à coke de Belgique — une innovation décisive. Il y ajoute fonderies, forges, laminoirs et ateliers de construction mécanique, créant le premier complexe industriel intégré au monde.

L’empire Cockerill produit des locomotives, des rails, des chaudières, des canons et des ponts pour l’Europe entière. Ce sont les ateliers de Seraing qui fournissent les rails et locomotives de la première ligne de chemin de fer du continent (Bruxelles–Malines, 1835), et qui fondent le Lion de Waterloo (28 tonnes, 1826). À la fin du XIXe siècle, la Belgique est la deuxième puissance économique mondiale derrière l’Angleterre, et le PIB de la seule Wallonie dépasse celui des États-Unis. Seraing en est le moteur principal. Cockerill meurt à Varsovie en 1840, à 49 ans, de la fièvre typhoïde. Sa statue de bronze trône depuis 1871 devant l’hôtel de ville, où reposent ses cendres.

En passant par Seraing en 1842, Victor Hugo note dans son carnet : « Figure extraordinaire et effrayante que prend le paysage à la nuit tombée […] deux rondes prunelles de feu éclatent et resplendissent comme des yeux de tigre. » Ces yeux de tigre, c’étaient les hauts-fourneaux de Cockerill. La description de Hugo saisit mieux que tout discours la puissance et l’étrangeté du paysage industriel que Seraing avait créé en vingt-cinq ans.

L’épopée Cockerill-Sambre jusqu’à ArcelorMittal

Après la mort de John Cockerill, la Société anonyme John Cockerill devient en quelques décennies la plus puissante entreprise au monde. Le XXe siècle voit une succession de fusions et d’expansions : Cockerill-Ougrée, puis en 1981 la fusion avec Hainaut-Sambre pour former Cockerill-Sambre, géant de l’acier employant 65 000 personnes. Racheté par Usinor en 1998, intégré à Arcelor puis à ArcelorMittal, le site de Seraing réduit progressivement ses activités. La phase à chaud est définitivement arrêtée en 2011–2012, marquant la fin d’une époque. Depuis, la reconversion des immenses friches industrielles en bord de Meuse est l’un des plus grands chantiers urbains de Wallonie.

Le Val-Saint-Lambert : 200 ans de cristal

En 1826, alors que Cockerill allume son premier haut-fourneau, Guillaume Ier fait également venir à Seraing deux verriers formés aux cristalleries de Vonêche pour installer une cristallerie dans les bâtiments de l’ancienne abbaye cistercienne du Val-Saint-Lambert, fondée vers l’an 1200 et détruite par les troupes napoléoniennes. La Cristallerie du Val-Saint-Lambert y acquiert rapidement une réputation mondiale pour la qualité et le raffinement de ses productions : vases, carafes, coupes et verres de table s’exportent dans toutes les cours d’Europe. Aujourd’hui, le château abbatial abrite le musée du Val-Saint-Lambert, qui retrace 200 ans d’histoire du verre et du cristal avec une galerie de près de 250 pièces, des démonstrations de soufflage de verre par les artisans et des installations artistiques de l’artiste belge Bernard Tirtiaux.

Tourisme et patrimoine

  • Château Cockerill — ancienne résidence des princes-évêques, siège de CMI
  • Statue de John Cockerill — place Communale, face à l’hôtel de ville
  • Musée du Val-Saint-Lambert — cristal, verre, 200 ans d’histoire, soufflage
  • Cristallerie Val-Saint-Lambert — atelier en activité, boutique
  • Château abbatial Val-Saint-Lambert — cadre cistercien, jardin des Moines
  • Fort de Boncelles — fort de position de la Première Guerre mondiale
  • Bords de Meuse — quais, promenades, paysage industriel et naturel mêlés
  • Halles Cockerill — en cours de reconversion en temple de la gastronomie
  • Anciens sites sidérurgiques — en pleine mutation urbaine

Seraing, ville des frères Dardenne

Les cinéastes Luc et Jean-Pierre Dardenne, natifs de la région liégeoise et enracinés à Seraing, ont fait de cette ville leur territoire de création. Trois de leurs films à la réputation internationale ont été tournés à Seraing et en forment le décor naturel : Rosetta (Palme d’or 1999, avec Émilie Dequenne), Deux jours, une nuit (avec Marion Cotillard, 2014) et La Fille inconnue (avec Adèle Haenel, 2016). La désindustrialisation, la précarité ouvrière et la dignité des travailleurs qui habitent l’œuvre des Dardenne sont indissociables du paysage humain de Seraing — la ville leur a rendu en quelque sorte la pareille en leur permettant de mettre ses réalités en images dans le monde entier.

🏗️ Reconversion urbaine

Depuis la fermeture des phases à chaud en 2011–2012, Seraing engage l’un des plus importants chantiers de reconversion urbaine de Wallonie, avec plus de 320 projets imbriqués. Les anciennes halles Cockerill du centre-ville sont en cours de transformation en espace gastronomique. Les friches en bord de Meuse s’ouvrent progressivement sur les quartiers environnants.

🌍 Immigration et mémoire ouvrière

Dès les années 1950, Seraing a accueilli des vagues successives d’immigration — Italiens, Espagnols, Polonais, Marocains, Turcs — venues donner leurs bras à la sidérurgie liégeoise. Cette diversité, tissée dans la mémoire des quartiers ouvriers construits à proximité des usines, fait partie intégrante de l’identité sérésienne.

Seraing porte en elle l’une des histoires les plus spectaculaires de la Belgique industrielle : celle d’un village transformé en quelques décennies en moteur économique de l’Europe entière, par la seule volonté d’un mécanicien anglais et le feu de ses hauts-fourneaux. La ville qui inspira Victor Hugo et les frères Dardenne est aujourd’hui à un nouveau tournant — en train de se forger, patiemment, un avenir à la hauteur de son passé.

Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Sign In

Register

Reset Password

Please enter your username or email address, you will receive a link to create a new password via email.