Contexte général
La fusion des communes est l’une des réformes institutionnelles les plus marquantes de l’histoire belge. Le 1er janvier 1977, du jour au lendemain, la Belgique passait de 2 359 à 596 communes autonomes. En quelques heures, plus de 1 770 entités communales disparaissaient, absorbées par des communes voisines.
Aujourd’hui, on désigne par le terme « section », « ancienne commune » ou « commune avant fusion » les entités qui existaient avant 1977. Pour faire la distinction, les communes actuelles sont souvent appelées « entités » ou « communes fusionnées » — on parle par exemple du Grand Mons ou de l’entité de Namur.
Évolution du nombre de communes
Chronologie détaillée
Pourquoi fusionner ?
Viabilité financière
Les petites communes n’avaient pas les moyens de financer les infrastructures modernes (égouts, voiries, bâtiments publics). Une commune viable doit compter au moins 15 000 habitants selon les études (UCLouvain).
Économies d’échelle
Réduire les doublons administratifs, mutualiser les services techniques, partager les équipements collectifs. La fusion évite d’avoir 5 secrétaires communaux pour 5 000 habitants.
Planification cohérente
Des communes trop petites ne pouvaient pas gérer les grands projets d’urbanisme, d’aménagement du territoire ou de mobilité qui dépassent les frontières d’un village.
Services au citoyen
Offrir à chaque Belge un niveau de service équivalent, que l’on vive dans un village de 300 habitants ou dans une ville de 50 000 personnes.
Tendance européenne
Tous les pays voisins ont opéré des regroupements similaires dans les années 1970. L’Allemagne passe de 25 000 à 8 500 communes ; les Pays-Bas de 1 000 à 342.
Résistances surmontées
Les oppositions furent vives : crainte pour l’identité locale, résistance du personnel communal, opposition des élus. Joseph Michel imposa la réforme malgré tout.
Résultats de la fusion de 1977 par province
| Province | Région | Avant 1977 | Après 1977 | Réduction |
|---|---|---|---|---|
| Anvers | Flandre | 295 | 70 | −225 |
| Brabant flamand | Flandre | 209 | 65 | −144 |
| Flandre occidentale | Flandre | 342 | 64 | −278 |
| Flandre orientale | Flandre | 316 | 65 | −251 |
| Limbourg | Flandre | 185 | 44 | −141 |
| Brabant wallon | Wallonie | 113 | 27 | −86 |
| Hainaut | Wallonie | 325 | 69 | −256 |
| Liège | Wallonie | 328 | 84 | −244 |
| Luxembourg | Wallonie | 223 | 44 | −179 |
| Namur | Wallonie | 423 | 38 | −385 |
| Total Belgique (hors Bruxelles) | 2 759 | 570 | −2 189 | |
* Les chiffres exacts par province avant fusion sont des estimations approximatives basées sur les sources disponibles. La province de Namur a connu la plus forte réduction relative, avec des entités regroupant jusqu’à 25 communes (Namur-ville).
Exceptions et cas particuliers
🏙️ Bruxelles — l’exception politique permanente
Les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale ont été exclues de la fusion de 1977, et le restent encore aujourd’hui. Aucun accord politique n’a jamais pu être trouvé sur ce sujet hautement sensible (question linguistique FR/NL, enjeux de pouvoirs). Plusieurs projets ont été évoqués entre 1975 et 1979 (réduction à 6 communes), sans jamais aboutir.
Herstappe (Limbourg) est le cas le plus célèbre d’exception à la fusion : cette minuscule commune de 79 habitants, la moins peuplée de Belgique, n’a pas pu être rattachée à Tongres, car elle bénéficie d’un régime de facilités linguistiques. La loi de 1971 interdit formellement la fusion entre communes de régimes linguistiques différents.
De même, les communes à facilités (Voeren/Fourons, Comines-Warneton, les communes à facilités de la périphérie bruxelloise…) ont été exclues du processus général de fusion ou ont fait l’objet d’arrangements spéciaux.
Enfin, 48 communes ont changé d’arrondissement lors de la fusion (44 en Wallonie, 4 en Flandre), et 12 communes ont même changé de province — un phénomène rarissime dans l’histoire belge.
Les fusions modernes (2019 – 2025)
Après quatre décennies de statu quo, la Flandre relance le processus en 2016 avec des incitants financiers (reprise de dettes à hauteur de 500 €/habitant). La Wallonie suit en 2019 avec un cadre similaire. Ces nouvelles fusions sont entièrement volontaires — une différence fondamentale avec la réforme autoritaire de 1977.
15 communes → 7 nouvelles entités
- Aalter + Knesselare → Aalter
- Deinze + Nevele → Deinze
- Puurs + Sint-Amands → Puurs-Sint-Amands
- Waarschoot + Lovendegem + Zomergem → Lievegem
- Kruisem + Zwalm → Kruisem
- Bornem + Sint-Amands → Bornem (partiel)
Première fusion wallonne depuis 47 ans
- Bastogne + Bertogne → Bastogne
Effective le 2 décembre 2024. Première et unique fusion wallonne volontaire à ce jour.
28 communes → 13 nouvelles entités
- Anvers + Borsbeek → Anvers
- Bilzen + Hoeselt → Bilzen-Hoeselt
- Hasselt + Kortessem → Hasselt
- Tongres + Looz → Tongres-Looz
- Galmaarden + Gooik + Herne → Pajottegem
- Ham + Tessenderlo → Tessenderlo-Ham
- Meulebeke + Tielt → Tielt
- Lochristi + Wachtebeke → Lochristi
- Melle + Merelbeke → Merelbeke-Melle
- Beveren + Kruibeke + Zwijndrecht → Beveren-Kruibeke-Zwijndrecht
Situation actuelle (2025)
| Région | Communes (1983) | Communes (2019) | Communes (2025) | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| 🦁 Flandre | 308 | 300 | ~285 | −23 |
| 🌿 Wallonie | 262 | 262 | 261 | −1 |
| 🏙️ Bruxelles | 19 | 19 | 19 | 0 |
| Total Belgique | 589 | 581 | 565 | −24 |
📚 Sources
- Wikipédia — Fusion de communes en Belgique
- Statbel — Découpages géographiques et codes INS
- Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) — Fusions de communes
- Région wallonne — Fusion et supracommunalité
- Arrêté royal du 17 septembre 1975 — Délimitation territoriale des nouvelles communes
- Loi du 30 décembre 1975 — Ratification de la réforme communale
- Loi du 23 juillet 1971 — Base juridique des fusions
Comments